Les poèmes de l'ombre et de la lumière.


                       


La Bière (splénique)

Je suis fraîche, ô mortel! dans mon cercle de verre,
Et le moût dont l'odeur imprègne l'alentour
Est fait pour inspirer à l'ivrogne un amour
Éternel et jaloux pour la taverne entière.

Je nage dans le malt comme un être incompris;
Je mêle un col d'écume à la blancheur des cimes;
J'aime le mouvement de mes bulles intimes,
Et toujours je pétille et parfois je souris.

Les assoiffés, devant mes blondes amplitudes,
Qui ruissellent vers eux en glouglous froufroutants,
Consumeront leurs jours en vertes solitudes;

Car j'ai, pour attirer ces dociles manants,
Des soifs insatiables qui les rendent fidèles:
Des bocks, de larges bocks aux lueurs éternelles!


©FRANZ