Les poèmes de l'ombre et de la lumière.
Deuil
Je ne t'ai plus revue de ces neiges d'automne
où tu t'es envolée définitivement
et mon coeur en est mort dans la poitrine comme
une bête blessée sans implorer l'aman.
Et je n'ai jamais su où se trouvait la tombe,
et je n'ai jamais vu qu'on t'y eût déposée,
lorsque j'y suis venu après des jours sans nombre,
en vain j'ai recherché une fosse oubliée.
Point de fleur, point de Christ, point d'honneur, point de pierre,
aucune inscription pour marquer ton trépas,
seule une dépression en forme de baissière
où le gazon brûlé par l'eau ne poussait pas.
Lors je m'y suis lové dans ce ventre de terre
pour entendre ta voix qui avait disparu
et, enfant de dix ans, sur cette tombe austère,
je t'ai dit mon Malheur mais tu n'entendais plus.
Et je t'ai suppliée de revenir, ô mère!
pour que je puisse encor me blottir dans tes bras
et respirer l'odeur de ton corps éphémère,
retrouver cet amour enterré avec toi.
Puis j'ai senti soudain comme quelqu'un derrière,
l'ombre du fossoyeur qui m'observait muet
et me pointant l'endroit du bout de sa tarrière,
il me dit doucement: "C'est bien là qu'elle était!"
J'ai imploré le saule en ses branches pleureuses,
l'impassible soleil cruellement d'azur,
et passés par le trou de la haie épineuse,
ma Solitude et moi, avons franchi le mur.
© Franz Seguin