Les poèmes de l'ombre et de la lumière.


   

                                          


Testament

Maintenant que je suis au bout, au bout du compte,
Que je suis arrivé au point de non retour,
Maintenant que je peux enfin faire le compte,
Qu'ai-je fait de ma vie, qu'ai-je fait de l'amour ?

Je dois le constater, je n'ai pas fait grand chose,
J'ai vécu le regard tourné vers mon nombril,
J'ai aimé mes amours, mes ennuis et mes roses,
J'ai seulement aimé de mes fleurs le pistil...

J'ai regardé le monde à travers mes lunettes,
Avec mon seul regard sans m'occuper d'autrui,
Marché dans mes souliers, sué dans ma liquette,
Et de cela vraiment je m'avise aujourd'hui.

J'ai pensé, en usant de ma seule cervelle.
Je pouvais faire mieux, sans doute, mais j'ai cru
Longtemps que c'était moi qui avait la plus belle
Et que mon crâne à moi en valait dix de plus !

J'ai cru que, du malheur, j'en avais eu ma dose,
Et qu'avec ma ration on affichait complet.
Pauvre garçon, je sais maintenant une chose,
C'est que je fus heureux, autant que je pouvais...!

Hé oui. Je fus heureux aussi. La belle affaire.
Mais le bonheur du jour n'est jamais ce qu'on croit,
C'est un bonheur menu, passager et précaire,
Incapable d'emplir une vie, ou un moi.

Oh ! Je sais, vous direz il ment, il exagère,
Il nous fait un peu trop le coup de ses remords.
Après tout nul ne sait s'il a été orfèvre
En matière d'amour, en matière de tort.

C'est vrai qu'on ne peut pas toujours battre sa coulpe,
Qu'on ne peut pas non plus s'admirer tous les jours,
Il n'y a pas de quoi jeter l'encre du poulpe !
Il n'y a pas de quoi frapper sur des tambours !

Mais à la fin de tout qu'est-ce donc que je laisse
Qui vaille un peu le coup, qui ne soit pas trop nul ?
Qui vaille que l'on soit moins honteux à confesse,
Qui ne vaille pas trop de coups de pied au cul ?

Pour moi, bien réfléchi, de ce qui reste en caisse
Comme avoir, comme dot, comme leg à tous ceux,
Tous ceux qui voudront bien, même par politesse,
C'est ce que j'ai écrit qui doit valoir le mieux.

Il me semble que là, j'ai laissé de moi même
Le meilleur, et de loin, même si, je le sais,
On dira que ce n'est ni le lait, ni la crème,
Et que, si c'est pas mal, c'est loin d'être parfait !

Il me semble pourtant que c'est là que je trouve
Le meilleur de moi-même en matière d'humain,
En matière d'amour des autres, et j'y retrouve
Ce qui illumina toujours mes lendemains.

J'y retrouve du coeur, de l'âme, bref des choses
Qu'on ne peut mesurer avec l'aune des sous,
Qui ne se cotent pas en Bourse, qu'on dépose
Toujours à fonds perdus, mais qui nous sont si doux.

Voilà donc, braves gens, de la prose, des rimes,
Et de bons sentiments, de face ou de revers.
Voilà donc de ma vie la quintessence ultime !
Vous tous que j'ai aimés, je vous laisse mes vers.

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©Alain Gurly