Les poèmes de l'ombre et de la lumière.


                                        
 

 

Promenade

 

Lorsque le soir s'en vient et qu'on n'a plus d'attache
Ni de sévérité
Pour ce présent si vain qui coule et qui s'attache
A des futilités,

 

On prend un vieux manteau, une canne, un chapeau,
Et l'on sort sous la pluie
Marcher dans les chemins et dans les flaques d'eau,
Oubliant son ennui.

 

Et on marche en rêvant au pays d'autrefois
Où il faisait si doux,
Aux serres, aux buissons, à l'ombre des grands bois,
A la verdeur du houx,

 

Aux beautés du ciel bleu où l'azur rayonnait
Quand le temps était clair,
A la douceur feutrée des automnes brillants,
A la moiteur de l'air..

 

On pense à tous ces vieux qui ont fait ce chemin
Bien longtemps avant nous,
On pense à tous ces coeurs qui ont battu en vain
Pour ce monde de fous.

 

On regarde pâlir le jour au fond du ciel
Comme on regarde fuir
Les rayons du soleil au fond d'un arc-en-ciel,
L'ombre d'un souvenir.

 

Le visage levé vers le ciel éternel,
Cet éternel muet,
On se demande si notre rêve est réel,
Et quel est ce secret...

 

On écoute le chant des silences touchants
Et des gouttes de pluie,
Et les échos du vent vous paraissent troublants,
Un écho d'aujourd'hui..

 

La nuit en écoutant pleurer les oisillons
Dans le creux de leurs nids
On se demande bien s'ils n'auraient pas raison
De chanter l'insomnie.

 

On sait trop bien pourtant laisser tous nos tourments
Agacer nos bonheurs,
Et l'on sait bien aussi découvrir ce qui ment
Au fond de notre coeur.

 

Et puis quand on revient à la nuit bien tombée
Retrouver son logis,
Loin du bruit, des horreurs, que l'âme s'est calmée
Et l'esprit assagi,

 

On se dit que le temps est toujours éternel,
Eternel renouveau,
Et que ce qui fut hier ne sera jamais tel
Quand l'an sera nouveau.

 

Il y aura d'autres jours et d'autres lendemains
Et on sait que toujours
Reviendra ici bas le temps où les chemins
Conduiront à l'amour...

 


©Alain Gurly