Les poèmes de l'ombre et de la lumière.
Bucarest Postcard
Manufacture d'infanticides
Et d'enfants-trottoir sacrifiés
En un sordide génocide
Sur l'autel de l'humanité
La misère accouche d'orphelins
Héritiers d'un rêve humaniste
Poulbots d'un monde souterrain
Silhouettes de fantômes autistes
Ils brûlent leurs jours dans les égouts
À l'abri des regards gênés
L'indifférence et le dégoût
De ceux qui les ont enfantés
Pestiférés errant en meutes
Le longs des couloirs du métro
L'instinct de survie les ameute
Pour s'accrocher à leur ghetto
Oubliés de tous ils font don
D'une enfance qui s'enfuit déjà
Près des wagons de l'abandon
Direction Timisoara
Leurs yeux fous au milieu des rats
Meurent à Ceausescu Station
Correspondance pour Craiova
Là sur le quai de l'exclusion
Dans leurs veines rongées par la colle
S'écoule un sang empoisonné
Loin des préaux des cours d'école
Qu'ils n'iront jamais fréquenter
Si leurs jeux sont ceux de leur âge
Leurs rires résonnent en une douleur
Les larmes qui coulent sur leur visage
Masquent les stigmates de leur peur
La démence dont ils sont victimes
Et la souffrance qui en résulte
Toutes ces violences qui les animent
Ne sont que le fruit des adultes
Quel avenir pour ces bambins
Mis au banc de la société
Dans un pays européen
Dans une ville civilisée
Dans le cloaque de leur néant
Dans ce royaume des rejetés
Ils mendient leurs émoluments
Un peu de pain, un peu de lait.
Alors qu'elle rêve d'un sourire
Et de tendresse dans son mouroir
Une main tendue cherche à écrire
En lettres mortes, le mot Espoir
©Alain Dukarski